Fig. 1 — Vue de face
Distillerie Iron — l’alambic
Un alambic conçu et construit à l’atelier, des plans aux soudures. Voici ce qui s’y passe, de la cuve au mireur : la physique de la distillation, étape par étape.
Shai-Hulud,plateau par plateau.
- Désignation
- Alambic n° 1 « Shai-Hulud »
- Auteur
- David Garrigues
- Construction
- Atelier Iron, des plans aux soudures
- Mise en service
- Août 2024
- Échelle
- Schéma de principe
- Feuille
- 01/01
01L’alambicShai-Hulud
Pièce par pièce.
Conçu et construit à l’atelier, des plans aux soudures. Les pièces sont écartées le long de leurs axes de montage : les traits mixtes montrent comment elles s’assemblent.
Fig. 2 — Vue éclatée
Échelle : schéma de principe
| Rep. | Désignation | Fonction |
|---|---|---|
| 01 | Cuve | 620 L, ronde à fond plat, toit légèrement bombé : elle contient et chauffe la charge. |
| 02 | Cheminée | Conduit les vapeurs de la cuve à l’oignon ; Ø 600 → 100 mm. |
| 03 | Oignon | En cuivre, Ø 400 mm : la vapeur y rencontre le cuivre. |
| 04 | Té d’aiguillage | Envoie la vapeur vers le col de cygne ou vers le pied de la colonne. |
| 05 | Col de cygne | Monte droit, puis rejoint la tête de colonne à l’horizontale : la voie directe. |
| 06 | Descente | Ramène la vapeur au pied de la colonne, pour la rectification. |
| 07 | Pied de colonne | Reçoit la vapeur et renvoie les condensats vers la cuve. |
| 08 | Colonne | Onze étages en cuivre, un hublot chacun : la rectification. |
| 09 | Déphlegmateur | Recondense au besoin une partie des vapeurs : le reflux. |
| 10 | Tés de tête | Reçoivent le col de cygne ; envoient la vapeur par les paniers ou directement au condenseur. |
| 11 | Paniers à épices | Deux paniers à hublot : la vapeur y traverse les plantes. |
| 12 | Condenseur | Refroidit la vapeur, qui redevient liquide ; ≈ 300 × Ø 80 mm. |
| 13 | Mireur et alcoomètre | Voir couler le distillat, en lire le degré. |
| 14 | Cuve de réception | Recueille le distillat, coupe par coupe. |
| 15 | Retours des condensats | Du pied de la colonne et du bas des paniers vers le bas de la cuve. |
Fiche techniqueAlambic n° 1
- Nom
- Shai-Hulud
- Auteur
- David Garrigues
- Construction
- Conçu et construit à l’atelier : plans, découpes, soudures inox, brasures cuivre, châssis, tableau électrique, réseaux
- Mise en service
- Août 2024
- Cuve
- 620 L
- Colonne
- 11 plateaux en cuivre, un hublot chacun
- Chemins
- Colonne pour l’alcool de base ; col de cygne pour la troisième passe, le rhum, la poire et le futur whisky
- Paniers
- Deux paniers à épices
- Reflux
- Déphlegmateur en tête ; retour des condensats à la cuve
- Condenseur
- ≈ 300 × Ø 80 mm
- Chauffe
- Électrique : résistances et vapeur produite à l’électricité, séparément ou ensemble ; modulable au kW près
- Régulation
- 18 régulateurs de température
- Mesure
- Mireur et alcoomètre en ligne, en sortie
- Matériaux
- Cuivre (oignon, colonne), inox (le reste)
- Distillation
- Lente, à petit débit
- Passes
- Deux pour l’alcool de base, par la colonne ; une troisième avec les plantes, par le col de cygne ; une seule pour le rhum, la poire et le futur whisky
02ProcédéSchéma de procédé
Du brassin au flacon
Comment naît un gin Iron
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Étape 01 / 06
Bière
Tout part de la bière : des bières passées de leur date de durabilité, que d’autres brasseries nous confient pour la plupart. Elles deviennent notre matière première.
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Étape 02 / 06
Fermentation
L’alcool est déjà là : les levures ont transformé les sucres du moût pendant la fermentation de la bière. La distillation ne crée pas d’alcool, elle le sépare.
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Étape 03 / 06
Distillation
Deux distillations lentes, à petit débit, dans la colonne de Shai-Hulud : la bière devient notre alcool de base. À chaque passage, on écarte les têtes et on garde le cœur ; les queues repassent dans la chauffe suivante.
Fig. 03 — Shai-Hulud, schéma de principe -
Étape 04 / 06
Alcool de base
Un alcool de base que nous distillons nous-mêmes, quand la plupart des distilleries achètent un alcool neutre tout prêt. C’est la base de nos gins, de notre absinthe, de notre pastis et de nos liqueurs.
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Étape 05 / 06
Botaniques
Troisième distillation, par le col de cygne : l’alcool de base repasse à l’alambic avec le genièvre et les plantes de chaque recette, en macération dans la cuve ou dans les paniers à épices. Dans tous nos gins, le genièvre reste prépondérant.
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Étape 06 / 06
Mise en bouteille
Mise en bouteille en 50 cl, à Montauban. Un flacon cylindrique, épaules arrondies, bouchon noir.
Les coupes
Trois fractions, une seule gardée. On passe de l’une à l’autre au nez et au goût : c’est la coupe.
Choisir une coupe
- Têtes — écartéesLes premières vapeurs de la chauffe. Elles concentrent les composés les plus volatils, comme l’acétaldéhyde et l’acétate d’éthyle, à l’odeur de dissolvant. Nous en fixons le volume d’avance selon la charge, et nous les écartons.
- Cœur de chauffe — conservéLa fraction centrale, la plus propre et la plus aromatique : la seule que l’on garde.
- Queues — repasséesLes dernières vapeurs de la chauffe. Elles portent les composés les moins volatils : les alcools supérieurs, dits « huiles de fusel », et des composés plus lourds, qui alourdiraient le distillat. Encore chargées d’alcool, elles repassent dans la chauffe suivante.
03DistillationPhysique de l’alambic
Ce qui se passe dans l’alambic.
Distiller ne crée pas d’alcool : il est déjà dans le brassin, fait par les levures. La distillation le sépare de l’eau et du reste, en jouant sur une seule propriété : tous les corps ne s’évaporent pas à la même température.
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Séparer par la vapeur
À la pression atmosphérique, l’éthanol bout à 78,4 °C et l’eau à 100 °C. Un mélange des deux bout entre ces deux températures, et la vapeur qui s’en échappe est plus riche en alcool que le liquide qui la produit : un brassin à 7 % vol bout vers 95 °C et sa première vapeur titre un peu plus de 40 % vol. Recondensée, cette vapeur donne un liquide plus fort ; distillé à son tour, il donne une vapeur plus forte encore. Toute la distillation tient dans cet écart.
Fig. 3 — Équilibre liquide–vapeur eau–éthanol, à pression atmosphérique
Trait plein : le liquide qui bout. Tirets : la vapeur qui s’en dégage, toujours plus riche en alcool. Escalier : chaque marche est une distillation, soit un plateau théorique. A : un brassin à 7 % vol bout vers 95 °C. B : l’azéotrope, 95,6 % d’éthanol en masse (environ 97 % vol), 78,2 °C ; les deux courbes s’y touchent et l’escalier ne l’atteint jamais. Données : eau–éthanol à 1 atm (Perry’s Chemical Engineers’ Handbook). -
Première distillation : épuiser la bière
Notre alcool de base part de bières passées de leur date de durabilité, que d’autres brasseries nous confient pour la plupart. La première passe, déjà par la colonne, les vide de leur alcool sans chercher la pureté. Au fil de la chauffe, le liquide de la cuve s’appauvrit, sa température monte vers 100 °C et le distillat qui coule faiblit. On arrête quand il ne reste presque plus d’alcool à tirer. Ce premier distillat est bien plus fort que la bière, mais il garde de l’eau et une partie de ses arômes : il attend la deuxième passe.
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Deuxième distillation : la rectification
Pour aller plus loin, la vapeur passe par la colonne : onze étages de cuivre, un hublot chacun. Sur chaque plateau, la vapeur qui monte traverse le liquide qui redescend ; les deux échangent jusqu’à l’équilibre, la vapeur repart plus riche en alcool, le liquide redescend chargé d’eau. Chaque plateau refait, en petit, une distillation : c’est la rectification. En tête, le déphlegmateur recondense une partie des vapeurs et la renvoie sur les plateaux : c’est le reflux. Plus on en renvoie, plus l’alcool sort pur, et plus il sort lentement. Les condensats qui atteignent le pied de la colonne retournent au bas de la cuve.
Fig. 4 — La colonne : onze étages
Schéma de principe, non coté. La vapeur monte en traversant le liquide de chaque plateau ; le liquide redescend par les trop-pleins. Un plateau réel fait un peu moins qu’une distillation complète : on parle de plateau théorique. -
L’azéotrope, le mur des 97 %
La rectification a une limite. À 95,6 % d’éthanol en masse, soit environ 97 % vol, l’eau et l’alcool forment un azéotrope : un mélange dont la vapeur a exactement la composition du liquide. Il bout à 78,2 °C, un peu en dessous de l’éthanol pur. À ce point, distiller ne sépare plus rien, quel que soit le nombre de plateaux : aucune colonne à pression atmosphérique ne dépasse ce titre, et l’alcool absolu s’obtient autrement, par déshydratation. Plus on s’approche du mur, plus chaque point de degré coûte de plateaux et de reflux.
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Les coupes : têtes, cœur, queues
Un brassin ne contient pas que de l’eau et de l’éthanol. Les composés les plus volatils, comme l’acétaldéhyde et l’acétate d’éthyle, sortent en premier : ce sont les têtes. Les moins volatils, les alcools supérieurs (les « huiles de fusel ») et les composés lourds, arrivent surtout en fin de chauffe : ce sont les queues. Entre les deux coule le cœur, la seule fraction que l’on garde. Nous coupons au nez et au goût, au mireur, avec un volume de têtes fixé d’avance selon la charge ; l’alcoomètre en ligne donne le degré à chaque instant. Les têtes sont écartées ; les queues, encore chargées d’alcool, repassent dans la chauffe suivante. Le méthanol, contrairement à une idée reçue, ne se concentre pas seulement dans les têtes ; un brassin de céréales en contient d’ailleurs très peu : il vient surtout des pectines des fruits.
Fig. 5 — Points d’ébullition des corps purs
Corps purs, à pression atmosphérique. En terracotta, des composés des têtes ; en gris, les alcools supérieurs, qui finissent surtout dans les queues. Dans un mélange, c’est la volatilité relative qui décide de l’ordre de sortie, pas le seul point d’ébullition. -
La repasse
Repasser, c’est remettre à l’alambic un distillat déjà obtenu. Notre alcool de base est une repasse : le distillat de la première chauffe repasse par la colonne. Nos gins, notre absinthe et notre pastis en sont une autre : l’alcool de base repasse une troisième fois, cette fois avec les plantes et par le col de cygne. Et les queues de chaque chauffe repassent dans la suivante.
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Troisième distillation : les plantes
La troisième passe, celle des plantes, prend le col de cygne et non la colonne : sans plateaux pour les retenir, les arômes les plus lourds montent jusqu’au condenseur. Les plantes donnent leurs arômes de deux façons : par macération dans l’alcool, dans la cuve, et dans les deux paniers à épices, que la vapeur traverse avant le condenseur ; l’aiguillage peut aussi l’y envoyer directement. Selon le produit, l’alcool est réduit ou non avant cette passe. Les condensats qui se forment dans les paniers retournent au bas de la cuve. L’absinthe reçoit ensuite une seconde macération de plantes, qui lui donne sa couleur, sans colorant.
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Une seule passe : rhum et poire
Le rhum, distillé à partir de mélasse fermentée, et l’eau-de-vie de poire, à partir de poires pressées et fermentées, prennent eux aussi le col de cygne, mais pour une seule passe : sans les plateaux, leur distillat reste plus lourd et plus chargé en arômes.
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Le cuivre
L’oignon et la colonne sont en cuivre. Le métal ne fait pas que conduire la chaleur : au contact de la vapeur, il fixe les composés soufrés, qui donneraient au distillat des odeurs d’œuf ou de chou. C’est pour cela que les alambics sont en cuivre depuis des siècles, même quand le reste, comme ici, est en inox.
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Conduire la chauffe
La chauffe est électrique : des résistances dans la cuve et de la vapeur produite à l’électricité, séparément ou ensemble, modulables au kilowatt près ; dix-huit régulateurs tiennent les températures. Nous distillons lentement, à petit débit : la vapeur a le temps d’échanger sur chaque plateau. Dans la cuve, la température suit la richesse du liquide ; en tête de colonne, elle monte quand les queues arrivent.
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Après l’alambic
Le distillat sort bien au-dessus du degré de mise en bouteille. On le réduit, en l’abaissant peu à peu avec de l’eau jusqu’au degré du flacon, puis il repose quelques semaines avant la mise en bouteille.
04GammeÉchelle 0–70 % vol.
La gamme, au degré près.
Du bitter à l’absinthe, toute la gamme sur une seule règle.
- 15 % vol. Capriccio Liqueur
- 17 % vol. Sureau Liqueur
- 18 % vol. Exotisme de Cassis Liqueur
- 18 % vol. Gentiane Liqueur
- 18 % vol. Menthe Liqueur
- 18 % vol. Salem Liqueur
- 20 % vol. Choco-noisette Liqueur
- 20 % vol. Framboise & Verveine Liqueur
- 24 % vol. Limoncello Verveine Liqueur
- 30 % vol. Limoncello & Ginger Liqueur
- 40 % vol. Gin Bois & Agrumes Spiritueux
- 40 % vol. Gin Fleurs de Sureau Spiritueux
- 40 % vol. Gin fleurs et herbier Spiritueux
- 40 % vol. Gin Épices et Forêt Spiritueux
- 40 % vol. Pastis botanique Spiritueux
- 43 % vol. Rhum Flan & Chêne Spiritueux
- 46 % vol. Eau-de-vie de Poire Williams Spiritueux
- 68 % vol. Absinthe Spiritueux
Degrés indiqués sur les fiches produits.